V’là les Quat’Zarts

Fanfare Octave Callot

Vogue EPS 1294, 45T, 1960

C’est donc en 1960 qu’Octave Callot, fanfare issue de l’Atelier Madelain, sort son premier disque sous son propre nom. Pour cela, il n’a trouvé rien de moins que la maison Vogue, maison de disques qui fera fureur dans les années 60 soutenant le mouvement yé-yé (bien loin de la fanfare à l’époque…)

Si à l’époque Malaquais en est déjà à quatre disques enregistrés, Octave Callot n’a encore rien gravé en son nom. En revanche, on le voit beaucoup sur la télévision naissante. Dans son excellent livre à sortir bientôt1, nous l’espérons tous, Véronique Flannet rapporte :

« […] Les jeunes Madelain n’avaient « aucun contact avec les autres gars de l’École. Y’avait une rivalité féroce, dès le début. Tout le monde avaient été étonné et béat d’admiration devant les anciens et en six mois ils trouvent des mecs complètement inconnus qui font des choses, et qui ne sont pas des ateliers traditionnels de l’École » (entendez ateliers officiels). La différence de statut entre ateliers officiels et libres, c’était important dans la rivalité entre fanfares ?… « Énorme ! Énorme ! », lâche Alain Lemétais […] »


Dans les années 1956 à 1961, arrivent des musiciens qui enrichiront la fanfare pour longtemps.

« […] Comme les Beaudouin l’avaient fait en 1953, la fanfare prit un nom de scène, mais non pas au prétexte d’un disque, mais pour les besoins d’une émission de télévision « En direct d’un temple de la musique » (dont le producteur est Jean Thévenot), en 1956. L’émission fut enregistrée rue Jacques Callot. « L’atelier avait été déguisé en salle de concert ». Le script de l’émission faisait un portrait fictif du fondateur de la fanfare, et c’est ainsi qu’Yves Poinsot jouant son propre rôle fut baptisé Octave Callot par des gens de la télévision. »


La fin des années 1950, c’est le début de la télévision et Octave Callot aime ça.

« […] Thévenot a fait plancher un scénariste. Callot du nom de la rue de l’atelier, et Octave ; ils ont dû trouver ça autour d’une table en préparant l’émission », pense Alain Lemétais. Et grâce à ce même Jean Thévenot les Callot participeront à de nombreuses émissions de télévision […] »

« On a été pas mal aidés par la télé qui nous a fait faire pas mal d’émissions dans les années 55–60. Ca rapportait des sous et surtout des contacts ».


C’est sans doute grâce à l’un de ces nombreux contacts qu’Octave Callot rencontrera Paul Caron, Directeur Artistique chez Vogue.

Recto de le pochette
Recto de le pochette

La pochette est réalisée à l’atelier Madelain, rue Jacques Callot, photo composée et prise par Yves Poinsot lui-même. Le décor est constitué de tentures suspendues à la mezzanine de l’Atelier, le tout agrémenté de tableaux et instruments. Ce principe sera régulièrement utilisé dans les disques de Callot (voir notamment les deux disques de paillardes).

On y reconnait, Yves Poinsot (Callot) au premier plan et, de gauche à droite sur l’estrade :
Humbaire, Lemetais, Crespel, Leprince, Penchet, Cordier, Empi, Treille, Roussel.

Au verso de la pochette, on peut lire un texte de Paul Caron :

« Il y a des traditions qui ne se perdent pas. Celle des joyeux refrains formant le folklore des grandes écoles est de celle-là.
L’Ecole des Beaux-Arts respecte éminemment cette saine coutume. De plus, elle possède ses propres fanfares. Voici la première en date.
Formée en 1948 grâce à la ténacité du maître Octave CALLOT2, elle s’est assignée la tâche de diffuser par le monde ces œuvres artistiques magistrales dont les générations d’anciens élèves ont fait, en quelque sorte, l’indicatif de leur jeunesse.
Nous vous livrons, ciselé en plein cuivre, un échantillonnage minutieusement sélectionné.
Octave CALLOT animait déjà bals, noces et banquets. Au besoin il ne reculait pas devant la solennité d’une inauguration où d’une remise de décoration.
Il aspire à présent à faire revivre vos souvenirs d’étudiants et à mettre en joie vos surprise-parties familiales.
Vous allez même fredonner. Nous n’avons pas mis les paroles. Pas par pudeur, non.
Mais, franchement, avouez le … Vous les savez tous.
Alors, à vous ! »

Verso de le pochette
Verso de le pochette

« Le disque fut enregistré en studio. Ce disque a bien été enregistré en Juin 1960,dans les locaux de Vogue, en banlieue Nord, Clichy je crois . Nous avons dû faire un replis sur la rue Jacques Callot et arroser cela au Procope,notre cantine de l’époque. »

(Lemétais)

Le répertoire de ce disque est dans la tradition des chansons d’école, tout droit venu des fêtes d’atelier, comme émanant Des Assassins, une image qui sera collée plus tard à Octave Callot avec ses fameux disques de paillardes. Mais là, ces chansons ne sont pas chantées, pas de vocaux mais une bande sonore. Cela dit, on y décèle déjà les arrangements assez fins de Callot, arrangements sans doute moins “rythmiques” que les démonstrations de force de Malaquais mais une partition écrite, emprunte d’harmonie et bien plus riche pour une fanfare comprenant moins de dix participants. Ce premier disque de Callot affirme tout de suite sa différence avec la fanfare “adverse”. Ce débat, opposition Malaquais/Callot animera les quelques fanfares existantes entre 1954 et 1964, date de la fusion entre les deux fanfares. Mais, je me rappelle que ce débat avait encore cours entre ceux qui écoutaient encore leurs disques à la fin des années 90.

FACE A

  1. La petite Charlotte / Le 14 juillet / Dudule
  2. En revenant du Piémont / Le plaisir des Dieux / Athènes / Le pou et l’araignée

FACE B

  1. Caroline
  2. Suzon la blanchisseuse

Les participants à ce disque étaient (d’après Alain Lemétais) :

Trompette et Cornet : Alain Lemétais (Mittag), Robert Penchet (Poché),
Alto : Yves Poinsot (Octave Callot),
Fifre : Lou Gam3

Basses : Jean-Pierre Leprince (Ringuet), André Crespel

Triangle : Jean-Pierre Humbaire (Léon),
Contrebasse : Maurice Empi,
Batterie : Raymond Roussel (Le Tout P’tit).

Le disque sort donc en 1960 sous le label VOGUE EPS 1294 , c’est un microsillon de 17cm, 45 tours et porte le titre de « V’LA LES QUAT’ZARTS ».

A ma connaissance, il n’a jamais été réédité.

Nous vous laissons ci-après l’opportunité d’écouter sur ce lien :

Notes et références

  1. "La Belle Histoire des Fanfares des Beaux-Arts", Véronique FLANET
  2. Paul Caron embellit ici l'histoire, on ne peut parler d'Octave Callot qu'à partir de 1954.
  3. Le fifre était un copain de Paul Caron, Lou Gam. Paul était très friand de mêler des aigus aux cuivres. On le retrouve dans les enregistrements suivants.