Flots d’Harmonie

Fanfare Léon Malaquais

LEO 19-30, Pathé ST 1120, 33T, 1961

6ème disque de Léon Malaquais et 5ème chez Pathé. Le disque est enregistré, en même temps que “En Revenant de la Revue”1 à l’automne 1959 sur deux jours consécutifs aux Studios Jenner, rue Jenner à Paris 13ème arrondissement. Il est sorti début 1961, le temps écoulé entre l’enregistrement et la sortie étant due, comme nous l’avons vu pour le précédent, au travail en studio pour quelques retouches, les chœurs et autres vocaux.

Nous avons vu dans la précédente rubrique l’évocation des enregistrements d’En revenant de la revue et Flots d’Harmonie, les propos de Blaire qui se continuent ainsi dans l’Amour du Bruit n°13 (nov.2014) :

« […] La Matchiche est alors l’objet d’un montage improvisé où Paul Diaz, le Thelonious Monk de la Fanfare, se taille la part du lion au violon ! Le clou du spectacle survient quand Paul casse une corde du violon et que Champris en saisit l’extrémité qu’il essaie de tendre pour que Paul, pas gêné du tout par cet incident, puisse continuer ses mélopées sur ce support précaire !

A midi, nous allons déjeuner dans le bistrot d’en face. Nous avons nos instruments avec nous. Amédée apercevant alors Yvette Horner dans un coin du bistrot réclame un peu de silence et déclare : « Messieurs, comme c’est aujourd’hui la Saint Yves et que nous avons l’honneur d’avoir parmi nous Madame Yvette Horner, je vous demande de jouer Perle de Cristal. Le fou ! Quelle imprudence ! Nous demander de jouer ce morceau acrobatique devant une star de l’accordéon dont c’est un des succès, c’est tout à fait téméraire ! Nous nous exécutons, pas très bien, évidemment. Yvette Horner, ravie de ce petit intermède rigolo, nous remercie chaleureusement, commande le champagne pour toute la fanfare et vient trinquer avec nous !

Au bout des deux jours, nous avions terminé tous nos enregistrements. Impression plutôt mitigée à l’issue de cette séance. La pêche n’était pas au rendez-vous. Le Gros eut l’idée d’ajouter des bruitages, des commentaires et des soutiens instrumentaux en play-back…

[…] Il y en eut donc plusieurs séances qui s’étalèrent sur de longs mois. Une ou plusieurs séances à faire les annonces, commentaires et bruits de fond sous la houlette du Gros ; étaient employés à cet exercice, outre lui-même, Caubel, Rippe et Falise. Interventions de qualité inégale.

Une autre séance eut lieu après la rentrée d’octobre 1960, où nous avions touché une cargaison de nouvôs de grande qualité et qui ferait plus tard les beaux jours de l’Olympia : Moufle, Herten, Wasser et Ivorra chez Leconte, Rémy, Pollak, Dalix, Tissier chez Baudouin. Ceux-ci, sous la direction de Sicardon et du Gros, furent chargés de créer l’ambiance autour des airs typiquement 4 Z’Arts du second disque. Vint s’y ajouter Fernier dont on reconnaît particulièrement la voix dans le Pompier. Également notre célèbre Denise dont on entend quelques interventions. Cet apport se révéla excellent. Grâce à cela, ce disque devient un document très intéressant à l’ambiance survoltée, sur la face 4 Z’Arts.

La troisième séance, également fin 1960 dût attendre pour se faire que Trifloquet soit libéré de ses obligations militaires (il rentra, je crois, en septembre 60). Lui et moi, (j’avais entre temps abandonné le bugle pour le cornet, et amélioré mon « tagada ») eûmes pour mission de rajouter en playback quelques accents, attaques ou « tagadas » sur certains morceaux comme Funiculi. Le mixage fait ressortir ces interventions un peu trop nettement. On y remarque la remontée de Trifloquet dans Funiculi « ré-mi-fa-sol-la-si », superbement piquée, juste avant le refrain. Pas commode toutefois de jouer avec le casque sur les oreilles : on a vraiment l’impression de jouer sous l’eau !

[…] Ces enregistrements ne sont pas ce que la Fanfare Malaquais a fait de mieux ; ils reflètent néanmoins avec fidélité le niveau de cette formation en cette période de vaches maigres et de reconstruction. On y sent une forte présence de l’ancienne fanfare Arretche, aussi bien par ses musiciens (Deneux, Rippe, Amédée, Courcoux, Bertrand, Cresp) que par le choix des morceaux (Le P’tit Bal du Samedi Soir, la Fanfare des Tropiques, le Grand Frisé, la Java…)

Un musicien discret tire bien son épingle du jeu dans ces disques : Jo Cresp, à la batterie (remplacé par Depussé sur certains morceaux !). Les disques lui doivent beaucoup.

Lharidelle, un des grands absents, raconte par ailleurs sa mésaventure pendant qu’il montait la garde en pleine cambrousse corse : en pleine nuit, il pensait tellement à la fanfare et à l’enregistrement en train de se faire sans lui, qu’en faisant les cent pas, il oublia de faire demi-tour et s’aperçut au bout d’un long moment que, perdu dans ses pensées, il se trouvait fort éloigné du poste de garde… Abandon de poste ! Ah mon gaillard ! »

Quelques photos de la séance d'enregistrement rue Jenner

Recto de la Pochette
Recto de la Pochette

La pochette est elle aussi due à Pierre Soulez-Larivière, nous avons vu précédemment ce que Lharidelle en pensait :

” … Mais l’autre, celle du Gros Day en pékin, à genoux devant une blonde inconnue2, n’est à la hauteur, ni de bonhomme, ni de la fanfare? Mais peut-être le première fut-elle au prix de la seconde?… “

Comme pour le disque précédent, on note les “numéros de téléphone” LEO 19-30 évoquant les morceaux issus de cette époque, face A (Yes, Sir, That’s my Baby ou Le Danseur de Charleston) et au verso le n°: LEO.1892 pour le coté “fin 19ème”, face B, évoqué particulièrement par Les Trompettes d’Aïda et surtout Le Pompier 4 Z’Arts.

Au dos, la pochette évoque les Bals des 4 Z’Arts, reprenant même le “logo” du Comité :

“Ce disque, réalisé avec l’autorisation exceptionnelle du Comité d’Honneur du Bal des 4 Z’Arts est un document unique. Il évoque le célèbre bal des élèves des différentes sections: ARCHITECTURE, GRAVURE, PEINTURE, SCULPTURE. Cette réunion strictement privée a pour but d’évoquer chaque année un thème dont les décors et les costumes recréent une ambiance fastueuse aux titres évocateurs: Salambo, La Reine de Saba, Les Bamilékés, Haroun El Rachid, Les Samouraïs, Les Aztèques, Le Sac de Rome, Les Délices de Capoue. Les airs traditionnels et son cérémonial immuable font de cette soirée un symbole de tradition et de poésie.
M.D. Président 19573“.

Ce verso de pochette comprend 9 photos d’une jeune femme4 prise en situation dans des ateliers d’architecture, de sculpture, de peinture et de gravure.

Verso de la pochette
Verso de la pochette

FACE A

  1. Yes sir that’s my baby
  2. Funiculi funicula
  3. Valse bavaroise
  4. Le danseur de Charleston
  5. Jok

FACE B

  1. Les 3 orfèvres
  2. Madame Bertrand
  3. Son voile qui volait
  4. Les trompettes
  5. Le Pompier 4 z’arts

Ont participé à ce disque

Trompettes : Pierre Soulez-Larivière (Blaise Mac Hulot), Jacques Deneux (Milo), Pierre Saddy , Philippe Biojoud,
Bugle : Louis-René Blaire (Honoré Champion),
Fifre : Jacques Dulieu (Fifrelin),
Violon : Paul Diaz (Ali ben Diaz),

Trombones : Raymond Caubel (Yapakliss Kikouloss), Thierry de Champris (Boitacleux), Michel Rippe,
Basses : Michel Vincent (Léon Malaquais), Gérard Basso (Cuicui), Philippe Sicardon (Chichoune), Jacques Golvin (Amédée), Didier Bertrand, Olivier Courcoux, Blaire et Caubel (dans Les Grands Flots Bleus),

Contrebasse : Blaire et Caubel, en alternance,
Batterie : Jos Cresp, Depussé, en alternace,

Bruitages : Michel Day (Onésime Huchepot), Caubel, Rippe, Falise,
Chœurs : Day, Fernier, Denise Broche, Sicardon et les nouvôs (Moufle, Herten, Remy, Pollack, etc.).

Thin, de retour du service militaire fera avec Blaire quelques retouches à la trompettes en octobre 60.

Vu dans le Bulletin de la Grande Masse 1962 avec , en prime une belle confusion orthographique entre Calot et Callot :

Publication dans le Bulletin de la Grande Masse de 1962
Publication dans le Bulletin de la Grande Masse de 1962

Le disque sort donc début 1961 sous le label PATHE ST 1120 , c’est un microsillon de 25cm, 33 tours et porte le titre de « FLOTS D’HARMONIE ».

Il a fait l’objet de multiples rééditions, mélangé aux autres disques de Malaquais5.

Les droits de ce disque étant la propriété de la société EMI ayant racheté les droits de Pathé-Marconi, nous ne pouvons vous diriger par un lien pour l’écouter. Nous ne doutons pas que vous saurez à qui vous adresser pour en avoir connaissance. On le trouve en mp3 sur l’internet… Cliquez sur l’image ci-contre.

Notes et références

  1. En Revenant de la Revue", 33T Pathé dont nous avons parlé le mois dernier.
  2. Voir dans la rubrique précédente la note sur cette "inconnue".
  3. M.D. pour Michel Day qui était Président du Comité des 4 Z'Arts de 1957.
  4. eune femme inconnue, cette fois. Et si quelqu'un la reconnait, il peut me faire signe.
  5. Une rubrique du "Disque du mois" sera consacrée à l'ensemble des rééditions des disques de Malaquais. Celles-ci étant effectivement des mélanges plus ou moins respectueux des disques d'origine, il ne peut être question de la réédition de tel ou tel disque.