Le cornet d’André Roux s’est éteint

andré roux

1924-2019

Si tout le monde associe les débuts de la fanfare des Beaux-Arts aux fanfares Léon Malaquais et Octave Callot, il est clair que la première fanfare en tant que telle fut celle de l’atelier Madelain créée en 1948 par André Roux et Henri Jeantet.

En toute modestie, André Roux dira qu’il existait déjà dans l’atelier Expert une sorte de fanfare de trois lascars éructant lamentablement dans leurs instruments, plus pathétiques qu’harmoniques et que cette “fanfare” lui donna l’envie d’en monter une vraie à l’atelier Madelain. Le plus drôle est que, quelques années plus tard, c’est en entendant cette fanfare qu’un certain Michel Vincent, dit Léon Malaquais, s’est dit : « s’ils y arrivent bien ces cons, pourquoi pas nous ? », ainsi naîtra la Fanfare Malaquais.

Devant le Café de Flore, la fanfare Madelain et André Roux à la trompette (1950).

Nous sommes en novembre 1947, André Roux se souvient du jour où il vit pour la première fois des gars soufflant dans des cuivres devant la salle d’Iéna lors d’une conférence de Richard Neutra, architecte américain : des Expert ! « Ils étaient trois lascars de l’École, un avec maillot à rayures et un chapeau melon. L’un avait un cornet à pistons », il y avait aussi un trombone et une grosse caisse. Ils étaient incapables de souffler dans leurs instruments, ils ne savaient pas jouer ; c’était affreux ! Ils n’arrivaient pas à souffler, ils étaient ridicules, mauvais… Et « sûr ! ils allaient monter leur fanfare ». Il fallait que Madelain ait sa fanfare avant eux ! André Roux en parla aussitôt au massier de l’époque lequel ne voulut rien entendre.  

« Pourquoi j’étais jaloux de ces Expert ? … C’était pas des copains ». Voilà, c’était comme ça.

Ateliers extérieurs et intérieurs qui s’ignorent, qui ne fréquentent pas les mêmes bistrots, dans une ambiance rompue aux concours, aux rivalités souvent turbulentes entre ateliers. Ces rapports seront déterminants jusque dans la vie des fanfares.

Qui se souvient de cette petite fanfare Expert en 1947, « incapable de souffler » ? Son nom n’a pas laissé de véritables traces ; sauf dans la caboche du fondateur des Madelain.1

André Roux, né à Paris le 20 juin 1924, est entré à l’École en 1944, intégrant l’atelier Madelain (admission en 1948, diplômé en 1957). Il mit un certain temps à faire admettre à la masse de l’atelier de l’utilité de la création d’une fanfare. Étant presque le seul musicien, il s’adonna à l’apprentissage des élèves n’ayant jamais touché un instrument de musique, instituant les murs des toilettes comme support à l’écriture de la gamme avec le positionnement des pistons, rendant quasi obligatoire l’essai de chacun à un instrument. Cette fanfare n’avait pas d’autre nom que celui de fanfare de l’atelier Madelain qui sera vite appelée fanfare des Vieux Madelain en opposition à celle qui lui succédera dans l’atelier. La fanfare prend forme, comptant vite neuf musiciens. “Ils n’ont peur de rien, ils tournent avec trois morceaux : Les trompettes d’Aida (à des tempos différents, certes !), Marguerite et Poète et paysan. Ils ne chantaient pas.”2

La fanfare Madelain devant le Café de Flore (1950).

Henri Jeantet, cofondateur de la fanfare avec André Roux, y fera entrer le jeune Yves Poinsot dit Biquet, son jeune beau-frère encore lycéen, et qui, une fois entré à l’atelier situé rue Jacques Callot, reprendra le flambeau sous le nom d’Octave Callot.

C’est Jeantet qui poussa Roux à entrer en archi. Tous deux étaient copains de lycée, férus de jazz et avaient monté un petit orchestre qui fonctionna plutôt bien entre 1943 et 1947. André Roux était vraiment pétri de culture jazz et pourtant, il est catégorique : « Il n’y avait aucun rapport entre la fanfare et le jazz, aucun ! On cherchait des trucs qui pètent ».

La fanfare jouera jusqu’en 1954. Elle sera la première, en 1950, à jouer en accompagnement d’un char d’atelier lors du Rougevin et la même année à lors du Bal de l’École. Et puis, comme beaucoup de fanfares d’atelier, elle s’éteindra au moment du départ de certains après le diplôme.

André Roux continuera à jouer de la trompette dans un certain nombre d’orchestre et était encore présent l’année dernière (2018) avec sa petite formation lors de la fête de la musique.

Il s’est éteint à Paris le 19 février 2019, dans sa 95e année.

La Grande Massière, l’ensemble des membres de la Grande Masse, les Présidents et les responsables des fanfares des Beaux-Arts se joignent à moi pour présenter toutes nos condoléances à son épouse Domie, à ses enfants Philippe, architecte, qui joua du souba chez Archibal Buci, Emmanuelle et Olivier, lui aussi architecte. André Roux a ouvert la voie, celle suivie par Callot, Malaquais et tant d’autres à qui nous devons d’être là. Merci à toi.

Notes et références

  1. Échanges avec André Roux extraits de La belle histoire des fanfares des Beaux-Arts 1948-1968, par Véronique Flanet.
  2. Extraits de La belle histoire des fanfares des Beaux-Arts 1948-1968, par Véronique Flanet.