Chasseurs de son

Fanfare Octave CALLOT

Pathé-Marconi ST 1096, 33T, 1957

Voilà ce qu’on appelle une perle rare et je remercie Alain Lemetais, alias Mittag, alias Paulo des Batignoles, trompettiste de la Fanfare Octave Callot de me l’avoir fait découvrir. En fait il ne s’agit pas d’un disque de fanfare à proprement parler mais un disque dédié aux preneurs de son. La fanfare Octave Callot y occupe toute la deuxième face.

Je vous reproduis ici la description des producteurs de ce disque, explication des circonstances de ces enregistrements :

« L’annuel Concours International du Meilleur Enregistrement Sonore, ou CIMES, qui existe depuis 1952, a pris d’année en année une importance croissante, qu’il s’agisse du nombre de pays représentés ou des chasseurs de son concurrents, de la qualité de leur travail ou des prix sanctionnant ces progrès constants. De compétition d’abord insolite, il est devenu une grande tradition.

Une tradition qui compte et dont il n’est pas indifférent de savoir qu’elle compte de la même façon pour de multiples amateurs et pour de multiples publics théoriquement séparés par la langue et par la distance.

L’enregistrement d’amateur – souvent pratiqué d’ailleurs sous la forme de la correspondance sonore – est désormais un lien international effectif et efficace. Mais jusqu’en 1957, ses manifestations les plus brillantes, celles précisément que provoque le CIMES, n’avaient d’autre portée que celle, éphémère, de diffusions radiophoniques.

En 1957, Pathé-Marconi prit l’initiative de fixer durablement quelques-unes des images du vaste panorama sonore établi périodiquement par la compétition. Ce fut INSTANTANES ET TRUQUAGES SONORES (La Voix de son Maître EMF86), une brève sélection d’enregistrements primés au 5ème CIMES, celui de 1956, dont le jury avait siégé à Paris. Un simple essai.

Voici maintenant une sélection plus ample d’enregistrements primés au 6ème CIMES, celui de 1957, dont le jury a siégé à Bruxelles. Une récidive. La naissance d’une seconde tradition de l’enregistrement d’amateur, perpétuant la première et lui confessant une notoriété accrue.

Ce deuxième disque du CIMES illustre clairement le sens du document sonore rare ou pittoresque qu’ont acquis les chasseurs de son. Nul doute que ses auditeurs prennent autant de plaisir à l’écouter qu’en ont eu les auteurs des bandes reproduites à les enregistrer. »

Recto de la pochette du disque « Chasseurs de son ».
Recto de la pochette du disque « Chasseurs de son ».

Ce disque collecte donc des reportages sonores de tout genre sur la Face A. Bien que n’étant pas le sujet de cette rubrique et afin de comprendre à quoi correspond l’enregistrement que l’on trouvera en lien à la fin de ce chapitre, voici les “choses” pour le moins étonnantes enregistrées sur la première face :

  • Morceaux 1 et 6 : Das Hackbrett. Il s’agit de l’enregistrement d’un preneur de son autrichien. Littéralement, la “hackbrett” est une planche à hacher. Transformée en instrument de musique cette planche à hacher s’est vue rapportée des cordes et plus tard une caisse de résonnance, l’instrument entrant ainsi dans la famille des tympanons (comme le cithare mais sur table). L’instrument tomba en désuétude (on se demande pourquoi ?!!…) et ne revint populaire qu’après la première guerre mondiale. Cet instrument est parait-il difficile à jouer et l’interprète de ces morceaux n’a que 16 ans (ce qui parait-il est d’autant plus beau…).
  • Morceau 2 : Prise instantanée d’un chasseur de son français à Saint-Jean-Pied-de-Port où devant un grand fronton, une petite fille de trois ans chante accompagnée de guitares. La légende du disque parle d’un moment étrange et fascinant. (On vous laisse juge…)
  • Morceau 3 : Cet enregistrement a été fait en Suisse, par un preneur de son suisse, dans le hall de la Foire aux Echantillons (!) à l’occasion du IXème Congrès des Trombonistes (eh oui, les trombones tiennent des congrès….). Cet enregistrement reprend un thème au nom imprononçable interprété par 1200 trombones, la légende sur la pochette précise: deux fois six cents (!). (Etonnant enregistrement dans lequel on découvre ce qui semble être des trombones sopranes….)
  • Morceau 4 : La Norma de Bellini. Enregistrement de cette pièce issue d’une boite à musique datant de 1896. Cette fois la pochette nous précise: …sans doute la plus belle des plus anciennes et la plus ancienne des plus belles (boites à musique)… (Encore une histoire suisse!)
  • Morceau 5 : Maori-Hara. Enregistrement d’un chasseur de son néo-zélandais, chant de guerre maori. (Depuis, les All Blacks sont venus régulièrement nous interprété leur gentille chanson avant match…)

FACE A

  1. Folklore – DAS HACKBRETT
  2. Folklore – UNE PETITE FILLE DE 3 ANS CHANTE
  3. BESAMTCHOR DES SCWEIZERISCHEN POSAUNENCHORVERBANDES
  4. Boite à musique – LA NORMA
  5. Folklore – MAORI-HARA
  6. Folklore – DAS HACKBRETT

FACE B

  1. UN MARIAGE A L’ECOLE NATIONALE DES BEAUX-ARTS

Après cette première face, la seconde est entièrement réservée à ce reportage enregistré lors d’un mariage à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts, comme le décrit ci-dessous Jean THEVENOT1 :

Introduction de Jean THEVENOT à la face B du disque « Chasseurs de son ».
Introduction de Jean THEVENOT à la face B du disque « Chasseurs de son ».

Cet enregistrement a eu lieu à Gambais dans les Yvelines2 au cours du propre mariage d’Yves Poinsot, alias Octave Callot, appelé aussi ici Georges-Emmanuel Poncif. Prise de son : Claude Joubert, “chasseur de son” et élève à l’Ecole des Beaux-Arts.

Un commentateur à la voix suave, Claude Joubert lui-même, nous explique :

« …un mariage, s’il est une cérémonie éprouvante à la laquelle vous avez certainement pu assister de nombreuses fois, peut prendre un certain caractère lorsqu’il s’agit de l’union de deux étudiants et, qui plus est, de deux étudiants de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts3. C’est à une cérémonie de cette espèce que nous vous convions, dans une charmante auberge, à quelques kilomètres de Paris… Autour de nous, différents jeunes lurons déguisés en pompier, cardinaux, officiers ou drapés tout simplement dans d’immenses caleçons de bains à rayures, se livrent à une chorégraphie dont la pureté s’allie remarquablement à celle de la musique… »

Puis un orateur dans la salle annonce l’arrivée de Mme Guyot, célèbre cantatrice… Cet orateur n’est personne d’autre que Monsieur Poinsot, père d’Yves Poinsot (Octave Callot). Monsieur Poinsot père était homme de théâtre et chanteur d’opérette à son heure. Il avait entre autres trouvé son heure de gloire en chantant En revenant de la Revue4, morceau que, pour la petite histoire, Callot faisait jouer systématiquement à la fanfare qui commençait à le détester. La “célèbre” Mme Guyot était semble-t-il une voisine des parents Poinsot dans le 17ème arrondissement. Lemétais raconte qu’au début de la prestation de Mme Guyot, l’assistance était plutôt surprise et que, petit à petit, le public se mit à réagir à la prestation de la cantatrice.

On peut entendre sur cette face :

  • Fanfare : En revenant de la revue
  • Fanfare : La Colline des Oiseaux5
  • Mme Guyot : Vissi d’Arte, extrait de La Tosca de Puccini.
  • Fanfare : La Truite de Schubert
  • Fanfare : polka non reconnue6

On notera particulièrement la fin du commentaire onirique de Joubert : 

« Cependant, toute bonne chose a une fin. Il nous va falloir maintenant, après avoir présentés aux jeunes époux tous nos vœux de bonheur, laisser cette délicieuse assemblée dansant sous les arbres en fleurs. Tandis que dans un ciel sans voile, s’inscrivent les gracieuses arabesques du vol des hirondelles, saucissons, andouilles et autres comestibles… »

Personnellement, j’aime beaucoup :

«…les gracieuses arabesques du vol des saucissons et des andouilles… »

Macaron de la face B du disque « Chasseurs de son ».
Macaron de la face B du disque « Chasseurs de son ».

D’après Alain Lemetais, les participants étaient :
Trompettes / Cornets : Alain Lemetais (Mittag), Claude Lefolcalvez, Pierre Romain (Mirza), Yves Poinsot (Octave Callot), André Roux (invité, cofondateur de la fanfare Madelain),
Basses : Jean Guy, Bernard Lallemand, André Crespel, Henri Jeantet (invité, cofondateur de la fanfare Madelain),
Contrebasse : Maurice Empi,
Grosse Caisse : Guy Martin (le Ptit Maigre),
Caisse Claire : F.Cordier,
Batterie : Raymond Roussel (Le Tout P’tit),
Triangle : J.P.Humbaire (Léon),
Chant : Mme Guyot.

La pochette a été réalisée par PUBLICIS pour Pathé-Marconi.

Le disque sort donc en 1957 sous le label PATHE-MARCONI ST 1096, c’est un microsillon de 25cm, 33 tours et porte le titre de « Chasseurs de son ». C’est le seul disque de Pathé-Marconi où apparait La Fanfare Octave Callot, Pathé-Marconi, étant, comme on le sait la maison de disque de la Fanfare Malaquais.

A ma connaissance, il n’a jamais été réédité…

Nous vous laissons ci-après l’opportunité d’écouter sur ce lien les morceaux joués sur ce disque :

Notes et références

  1. Jean Thévenot, producteur à l'ORTF, est un passionné du micro et du son. Il fit ses débuts à la radio en 1935. Il soutint une thèse en sciences sociales et politiques sur le sujet de Télévision, cinéma, radio. À la Libération, il devient Secrétaire général de la Radio française et anime les Chasseurs de sons des Radio-clubs dans la série d'émissions C'était la France.
  2. Gambais est une commune des Yvelines située au nord de la forêt de Rambouillet. Outre la présence d'une résidence secondaire des Poinsot, on note qu'au 13ème siècle, le château de Gambais s'appelait le Château Trompette (un coté précurseur qui ne s'invente pas). Gambais eut son habitant le plus funestement célèbre entre 1915 et 1919 avec la personne d' Henri-Désiré Landru qui se livra là à quelques essais de chaudières...
  3. out fanfariste s'étant marié se rappelle le petit frisson dans l'échine au moment de la sortie de messe ou de mairie : qu'est-ce que la fanfare, ou l'atelier, avait bien pu préparer ???
  4. Tout le monde ici connait En Revenant de la Revue, chanson de Lucien Delormel, Léon Garnier et Louis-César Desormes, interprétée la première fois par le célèbre Paulus en mais 1886 à La Scala de Paris. A noter que la fanfare des Beaux-Arts en a été très friand puisque l'on trouve 5 versions enregistrées (Léon Malaquais en a fait le titre d'un disque, il apparait dans 4 disques d'Octave Callot...). On entend encore aujourd'hui certains trombonistes nostalgiques entamer sans suite son introduction... Vous trouverez ici la typique version de Georgius enregistrée en 1949
  5. Chanson d'après guerre, chanté par les célèbres duettistes Patrice & Mario. De leurs vrais noms Patrizzio Paganessi et Mario Moro, ils connurent leurs heures de gloire dans les années 40 - 50. Nous vous conseillons l'écoute de leur version, au son délicieusement bavarois…
  6. Toute information sur cet air d'opérette et cette polka m'intéresse.