Paul Nelson et l’atelier extérieur d’architecture franco-américain

ÉCOLE DES BEAUX-ARTS

De 1965 à 1968

L’article publié ici se rapporte à l’architecte franco-américain Paul Nelson qui a une place singulière et marquante dans l’architecture contemporaine du XXème siècle, ce dernier figurant, en son temps, comme un des précurseurs dans l’art de construire d’une façon nouvelle, tout en étant un humaniste engagé et proche des mouvements intellectuels et artistiques dits “d’avant-garde”.

En suivant, par analogie, il vous est relaté la courte histoire de l’atelier extérieur d’architecture de l’École des Beaux-Arts de Paris, atelier créé en 1965 sur l’initiative d’André Malraux alors Ministre d’État des Affaires culturelles.

Paul NELSON né le 08/11/1895 à Chicago (Illinois, États-Unis), décédé le 30/08/1979 à Marseille.

Vie et formation :

Élève en littérature à Princeton University (New Jersey, États-Unis), il s’engage en 1917 lors de la Première Guerre mondiale dans l’escadrille d’aviation “La Fayette. 1 . Marié en 1920 à une française, Francine Geneviève LE CŒUR 2 et dans le même temps recommandé par son compatriote Witney WARREN 3 , pour lequel il a travaillé dans son agence d’architecture (Warren & Wetmore) à New-York City, il est présenté à l’École des Beaux-Arts de Paris par l’ambassade des États-Unis en France le 28 mai 1920. Il est élève de Gustave UMBDENSTOCK (à l’atelier le 7 février 1921 depuis 1920), puis d’Emmanuel PONTRÉMOLI (origine atelier LAISNÉ), a tenté l’admission le 14 juin 1920, admis en 2ème classe le 15 mars 1921 4 , 1ère classe le 27 mai 1925. Déçu par l’enseignement qu’il a jusqu’alors reçu, il rencontre en 1924 LE CORBUSIER (1887 – 1965) qui lui conseille de rejoindre l’atelier d’Auguste PERRET (1874 – 1954) 5 , atelier dont il sort diplômé le 8 novembre 1927 6 avec pour sujet “Un Centre d’homéopathie”, sujet qui préfigure les futurs recherches et travaux novateurs de Paul NELSON en matière hospitalière et santé.

Carrière, projets et constructions :

Paul NELSON ouvre son agence d’architecture en 1928 à Paris et partage sa carrière entre la France et les États-Unis. Sa première construction (1928 à 1930) est l’habitation de son compatriote, l’écrivain Alden BROOKS (1882 – 1964) au 80 boulevard Arago à Paris, sa deuxième, en 1931, étant l’atelier de son ami peintre Georges BRAQUE (1882 – 1963) à Varengeville-sur-Mer 7 . Suivent des études d’une grande inventivité qui ne sortiront pas du stade de projets mais qui lui assureront une reconnaissance internationale ; ce sont : la “Maison de Santé” (1932), la cité hospitalière de Lille (1933), la clinique chirurgicale d’Ismaïlia en Égypte (1933 à 1935), la “Maison suspendue” (1936 à 1938) et le Palais de la découverte.(1938) en collaboration avec Oscar NITZCHKE (1900 – 1991) et Frantz-Philippe JOURDAIN (1906-1989).

Paul NELSON : Photographie de la façade de l’immeuble du 80 boulevard Arago à Paris, 1928-1930. / Source C.S. 21.01.2026.
Paul NELSON : Maquette du projet théorique de la " Maison de Santé", 1932. / Source revue "L'Architecture d'aujourd'hui", n°5 juin 1933.
Paul NELSON : Maquette du projet théorique de la " Maison suspendue", 1936-1938 . / Source revue "Le Carré Bleu", n°1 1978.
Paul NELSON : Perspective du projet du Palais de la Découverte, 1938. / Source MoMA, New-York, 2002.

Nommé architecte-conseil auprès du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (1945 à 1946), il construit, entre autres, l’hôpital Mémorial France-États-Unis à Saint Lô (1946 à 1955), en collaboration avec Roger GILBERT (1908 – 1976) 8 , Charles SÉBILLOTTE (1908 – 1987) 9 et Marcel MERSIER (1910 – 1974), puis l’hôpital de Dinan (1963 à 1968), en collaboration avec Pierre DEVINOY (1922 – 2017) 10 et Robert LAMOUREC (1905 – 1990) et le Centre de Santé d’Arles (1965 à 1974) en collaboration avec André REMONDET (1908 – 1998) et Pierre DEVINOY (voir plus haut).

Paul NELSON : Carte postale de l’hôpital Mémorial France-États-Unis à Saint Lô, 1946-1955. / Source site internet archipostalecarte.blogspot.com (vue le 20/01/2026).
Paul NELSON : Maquette de l’hôpital Mémorial France-États-Unis à Saint Lô, 1946-1955. / Source Centre Pompidou, MNAM-CCI, Audrey Laurans, Dist RMN-GP.
Paul NELSON : Carte postale de l’hôpital de Dinan, 1963-1968. / Source site internet archipostalecarte.blogspot.com (vue le 18/01/2026).
Paul NELSON : Maquette du Centre de Santé d’Arles, 1965-1974. / Source Archives municipales d’Arles, 3 FI 23.

Paul Nelson et les artistes et intellectuels dits « d’avant-garde » :

Paul NELSON est proche des milieux artistiques et intellectuels d’avant-garde ; Le Corbusier (1887 – 1965), Jean ARP (1886 – 1966), Georges BRAQUE (1882 – 1963), Joan MIRÓ (1893 – 1983), Alexander CALDER (1898 – 1976), Fernand LÉGER (1881 – 1955), Charlotte PERRIAND (1903 – 1999) figurent parmi ses amis.

À ce titre, Fernand LÉGER et Charlotte PERRIAND interviennent dans l’œuvre de NELSON pour l’hôpital Mémorial France-États-Unis à Saint Lô, LÉGER pour la polychromie de l’intérieur et pour la réalisation, à l’entrée de l’hôpital, sous un péristyle, d’une mosaïque de 40 m2 et PERRIAND pour la conception du mobilier des chambres.

Photographie de Paul NELSON dans sa maison à Varengeville-sur-Mer avec sur le mur, derrière lui, une fresque de Joan MIRÓ. / Source journal "Paris-Normandie" du 30/08/1965.

Également les sculptures de Jean ARP et d’Alexander CALDER viennent enrichir certaines des propositions architecturales de NELSON. 11

Ajoutons enfin que Man RAY (1890 – 1976) et BRASSAÏ (1899 – 1984) sont sollicités, tous deux par NELSON, pour photographier les maquettes de ses projets d’architecture.

Paul NELSON : Maquette du projet de la cité hospitalière de Lille, 1933, photographie de Man RAY. / Source Centre Pompidou, MNAM-CCI, AM 1994 – 393.

Dans un autre registre, NELSON collabore cette fois avec d’autres artistes sur leurs projets respectifs, ainsi le cas avec les Sculpteurs Alberto GIACOMETTI (1901 -1966) pour un monument à la mémoire de Gabriel Péri (en 1946) et avec Henri LAURENS (1885 – 1954) pour une étude « Place et fontaine » aux Etats – Unis.

Paul NELSON : Conception du socle de la sculpture de GIACOMETTI pour un monument à la mémoire de Gabriel Péri, 1946. / Source site internet fondation-giacometti.fr

L’atelier extérieur d’architecture franco-américain 1965-1968:

Dans une période où se pose la question d’une réforme profonde de l’enseignement de l’architecture en France, André MALRAUX (1901 -1976), ministre chargé des affaires culturelles décide en 1965 la création d’un atelier franco-américain d’architecture dont la direction est confiée à Paul NELSON (Arrêté du 27/04/1965, J.O. du 07/05/1965).

Source Bulletin de l'Ordre des Architectes n°166 juin 1965.

Le communiqué du Ministère des Affaires culturelles qui annonce la fondation de l’atelier précise 12 :

« Le nouvel atelier franco-américain représente une première tentative en vue de faire participer l’enseignement français de l’architecture à des confrontations extérieures…. Il permettra d’orienter les études d’une manière originale. Unité pédagogique nouvelle, l’atelier franco-américain assurera un rapprochement des techniques architecturales américaines et des formations françaises. Il sera, en outre, un foyer de recherche de méthodes pédagogiques diversifiées et créera rapidement entre les promotions des jeunes élèves architectes des deux pays des liens étroits qui faciliteront ultérieurement les échanges professionnels si nécessaires en notre temps ».

Prévu d’ouvrir initialement à la rentrée universitaire d’octobre 1965, l’atelier n’ouvre en fait que le 15 février 1966 13 . Pierre DEVINOY (voir plus haut) est l’assistant principal de Paul NELSON. L’atelier, dont les dépenses doivent être partagées entre Français et Américains, prévoit de réunir 15 Français et 15 Américains, en fin d’études, travaillant côte à côte. L’atelier est logé dans les locaux de l’atelier de Georges PINGUSSON au Grand Palais à Paris au sein du Groupe C.

Notes et références

  1. Du nom de Gilbert du MOTIER, plus connu sous le nom de marquis et général de LA FAYETTE (1757 – 1834), héros français de la guerre d’indépendance des Etats-Unis. L’escadrille d’aviation "La Fayette" est une unité d’engagés volontaires américains constituée en 1916 sous commandement français afin de venir en aide à la France lors de la Première Guerre mondiale.
  2. Francine Geneviève LE CŒUR (1890 - 1951) fille de Joseph Le Cœur (1860 - 1904) ingénieur de l'École centrale des arts et manufactures et entrepreneur de menuiserie, petite-fille de Charles Justin LE CŒUR (1830 - 1906) et nièce de François LE CŒUR (1872 - 1934), tous deux architectes. Concernant Paul NELSON, cette dernière fut jusqu’à son décès en 1951 « la plus intime, la plus associée à son œuvre architecturale….toujours active pour participer aux enquêtes, aux recherches avant l’élaboration de tous les projets ». Une notice nécrologique est consacrée à Francine LE CŒUR dans la revue d’architecture "L’Architecture d’aujourd’hui", n°36 en 1951.
  3. Whitney WARREN, né à New York City (États-Unis) le 29 janvier 1864, décédé à New York City, le 24 janvier 1943, s'installe en France en 1883, présenté par la légation des États-Unis en France le 23 février 1885, élève d'Honoré DAUMET (en mars 1885), Charles GIRAULT (en 1887) et Pierre ESQUIÉ, a tenté l'admission en mars 1885 et mars 1887, admis en 2ème classe le 6 août 1887, 1ère classe le 6 novembre 1891, fonde le Comité des étudiants américains de l'École des Beaux-arts, de retour à New York en 1894, reçoit le titre de membre fondateur de l'Association des élèves et anciens élèves de l'École nationale et supérieure des Beaux-arts ou Grande Masse de l'École des Beaux-arts en 1926
  4. Selon le comptage fait par mes soins aux , Paul NELSON est alors le 429ème américain à être admis officiellement dans la section architecture de l’École des Beaux-Arts de Paris, le premier étant Richard Morris HUNT (1827 - 1895) en 1846.
  5. Dans un article paru le 30/08/1965 dans le journal "Paris-Normandie", Paul NELSON interrogé par le journaliste Marius DAVID donne le récit suivant : « J’ai connu Le Corbusier en 1924, quand j’ai fait l’Ecole des Beaux-Arts, où je ne pouvais rien apprendre… que du décor ! Je suis allé le trouver. Il me donne raison : « Tu n’as rien à faire à l’Ecole ; on n’y enseigne pas ce que tu es venu chercher en France. Va donc chez Perret apprendre ce qu’on peut faire avec du ciment armé » ».
  6. Selon le comptage fait par mes soins, Paul NELSON est alors le 114ème américain à obtenir le diplôme d’architecte à l’École des Beaux-Arts de Paris, les premiers diplômés étant Herbert Dudley HALE (1866 – 1908), Joseph Henry FREEDLANDER (1870 - 1943) et John VREDENBURGH VAN PELT (1874 – 1962), tous trois diplômés le 14/06/1895.
  7. Pour complément  : « En 1928, Paul Nelson fait découvrir le village de Varengeville à Marcelle et Georges Braque. Ils décident d’y acquérir une maison et d’y faire construire un atelier et, dès 1930, y font des séjours prolongés jusqu’au décès de Braque en 1963 ». (Source Dossier pédagogique publié à l’occasion de l’exposition présentée par le musée des Beaux-Arts de Rouen qui a lieu du 05/04/2019 au 02/09/2019, exposition intitulée : « Braque, Miró, Calder, Nelson…, Varengeville, un atelier sur les falaises ».
  8. Roger GILBERT fut Secrétaire-Général de la Grande Masse des Beaux-Arts en 1935.
  9. Charles SÉBILLOTTE fut Président-Grand Massier de la Grande Masse des Beaux-Arts en 1935
  10. Pierre DEVINOY (28/04/1922 – 30/03/2017). E.NS.B.A Architecture, atelier PERRET puis atelier LODS, diplôme en 1952. Directeur de l’École d’art américaine de Fontainebleau de 1958 à 1972. Enseignant, assistant de Paul NELSON dans l’atelier libre d’architecture franco-américain de l’École des Beaux-Arts de Paris de 1966 à 1968. Enseignant à l’Ecole d’architecture de Paris-La Villette (U.P.A. 6) pendant les années 1969-1990. Trésorier à la Grande Masse des Beaux-Arts en 1947-1948.
  11. Pour l’hôpital de Dinan il était prévu la réalisation par CALDER d’un stabile de 12 mètres de haut situé au centre du parking circulaire devant l’entrée principale (Source : Revue « L'Architecture Française n°283-284 mars-avril 1966).
  12. Source Article publié dans le journal "Combat" du 30/07/1965.
  13. Source Article publié dans le magazine "L’Express", semaine du 07/02/1966 au 13/02/1966.