Le cornet d'André ROUX s'est éteint

Publication Auteur
20.03.2019
22H26
Daniel COLIN,
Grand Massier Honoraire

Si tout le monde associe les débuts de la fanfare des Beaux-Arts aux fanfares Léon MALAQUAIS et Octave CALLOT, il est clair que la première fanfare en tant que telle fut celle de l'atelier Madelain créée par André ROUX et Henri JEANTET en 1948. En toute modestie, André ROUX dira qu'il existait déjà dans l'atelier Expert une sorte de fanfare de trois gaillards éructant lamentablement dans leurs instruments, plus pathétiques qu'harmoniques et que cette "fanfare" lui donna l'envie d'en monter une vraie à l'atelier. Le plus drôle est que, quelques années plus tard, c'est en entendant cette fanfare qu'un certain Michel VINCENT (Léon MALAQUAIS) s'est dit "ils y arrivent bien ces cons, pourquoi pas nous ?" et que naitra la Fanfare Malaquais.


"Nous sommes en novembre 1947, André ROUX se souvient du jour où il vit pour la première fois des gars soufflant dans des cuivres devant la salle d’Iéna lors d’une conférence de Richard NEUTRA, architecte américain : des Expert ! « Ils étaient trois lascars de l’École, un avec maillot à rayures et un chapeau melon. L’un avait un cornet à pistons », il y avait aussi un trombone et une grosse caisse. Ils étaient incapables de souffler dans leurs instruments, ils ne savaient pas jouer ; c’était affreux ! Ils n’arrivaient pas à souffler, ils étaient ridicules, mauvais … Et « sûr ! ils allaient monter leur fanfare ». Il fallait que Madelain ait sa fanfare avant eux ! André ROUX en parla aussitôt au massier de l’époque lequel ne voulut rien entendre.

« Pourquoi j’étais jaloux de ces Expert ?… C’était pas des copains ». Voilà, c’était comme ça.

Ateliers extérieurs et intérieurs qui s’ignorent, qui ne fréquentent pas les mêmes bistrots, dans une ambiance rompue aux concours, aux rivalités souvent turbulentes entre ateliers. Ces rapports seront déterminants jusque dans la vie des fanfares.
Qui se souvient de cette petite fanfare Expert en 1947, « incapable de souffler » ? Son nom n’a pas laissé de véritables traces ; sauf dans la caboche du fondateur des Madelain." (*)



André Roux est rentré à l'Ecole en 1944, intégrant l'atelier Madelain (admission en 1948, diplômé en 1957). Il mit un certain temps à faire admettre à la masse de l'atelier de l'utilité de la création d'une fanfare. Etant, presque, le seul musicien, il s'adonna à l'apprentissage des élèves n'ayant jamais touché un instrument de musique, instituant les murs des toilettes comme support à l'écriture de la gamme avec le positionnement des pistons, rendant quasi obligatoire l'essai de chacun à un instrument. Cette fanfare n'avait pas d'autre nom que celui de fanfare de l'atelier Madelain qui sera vite appelée fanfare des Vieux Madelain en opposition à celle qui lui succèdera dans l'atelier. La fanfare prend forme, comptant vite neuf "musiciens. "Ils n’ont peur de rien, ils tournent avec trois morceaux : Les trompettes d’Aida (à des tempos différents, certes !), Marguerite et Poète et paysan. Ils ne chantaient pas." (*)


Henri JEANTET, co-fondateur de la fanfare avec André ROUX, y fera rentrer le jeune Yves POINSOT, son jeune beau-frère encore lycéen, appelé aussi Biquet et qui, une fois rentré à l'atelier reprendra le flambeau sous le nom d'Octave CALLOT.

C'est Jeantet qui poussa Roux à rentrer en archi, tous deux étaient copains de lycée, férus de jazz et avaient monté un petit orchestre qui fonctionna plutôt bien de 1943 à 1947. André ROUX était vraiment pétri de culture jazz et pourtant, il est catégorique « Il n’y avait aucun rapport entre la fanfare et le jazz, aucun ! On cherchait des trucs qui pètent ».

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1950, devant le Café de Flore, la fanfare Madelain (André ROUX à la trompette, à gauche)


La fanfare jouera jusqu'en 1954. Elle sera la première, en 1950 à jouer en accompagnement d'un char d'atelier au Rougevin et la même année à jouer lors du Bal de l'Ecole. Et puis, comme beaucoup de fanfares d'atelier, elle s'éteindra au moment du départ de certains après le diplôme.
André ROUX continuera à jouer de la trompette dans un certain nombre d'orchestre et sera encore présent l'année dernière avec sa petite formation lors de la fête de la musique.

Il s'est éteint le 19 février, dans sa 95ème année.

La Grande Massière, l'ensemble des membres de la Grande Masse, les Présidents et les responsables des fanfares des Beaux-Arts se joignent à moi pour présenter toutes nos condoléances à son épouse Domie, à ses enfants, Philippe, architecte, qui joua du souba chez Archibal Buci, Emmanuelle et Olivier, lui aussi architecte. André ROUX a ouvert la voie, celle suivie par Callot, Malaquais et tant d'autres à qui nous devons d'être là. Merci à toi.



P.E. Calo CALONI



(*) Véronique FLANNET "La belle histoire des fanfares des Beaux-Arts", édition L'Harmattan